FORÊT DE LA DOUBLE: une histoire, une biodiversité, une architecture vernaculaire et un peu de gastronomie

 

UN TOUR DANS LA DORDOGNE

 

LA FORÊT DE LA DOUBLE

 

Foret de la double1

 

I/ UN PEU D'HISTOIRE

 

La forêt de la Double est riche dans son histoire mais je vais m'attacher à une période tragique depuis la fin du XVIIIème siècle jusqu'à la fin du XIXème. CLe roy 001es faits m'ont été racontés par la guide de la ferme du Parcot que je présenterai dans la deuxième partie. Pour illustrer cette époque lugubre, j'y insèrerai des citations, passages du roman d'Eugène Le Roy, L'ennemi de la Mort (auteur de Jacquou Le Croquant). Ces passages sont puisés dans "La Découvrance, éditions", édition illustrée par Gaêlle Mersch.

 

Avant la révolution française, la forêt de la Double s'étendait sur 90 000 hectares. Puis après les nouvelles répartitions des régions, la forêt de la Double ne s'étend que sur 50 000 hectares, puisque 30 OOO hectares s'étendent en Charente et 10 000 en Gironde. Le terme "La Double" vient de "Sylva Edobola", sylva pour forêt et Edobola: EDO=manger et BOLA=borne, limite. Donc la "Sylva Edobola" était vue cmme la forêt qui mangeait les limites car elle empiétait en Angoumois, en Bordelais, en Périgord et en Saintonge. Puis les habitants de cette forêt l'appellèrent "La dobla".

 

p37 "A l’ouest, au-dessus des masses vertes pointaient faiblement les clochers d’Echourgnac, au cœur de La Double et de Servanches, et celui qui surmontait la petite église romane de La Jemaye. Au sud, le vallon de la Grande-Duche se creusait un peu, à quelque distance de saint-Barthélemy. Au delà, dans l’éloignement, la vallée de la Chalaure et toute la partie nord-ouest de la Double étaient ensevelies en d’épaisses brumes terrestres qui se confondaient avec les nuées immobiles. A l’est, le cours de la Beauronne délimitait le territoire doubleau et y enfermait le petit bourg de Saint André. Enfin, la Risone au nom gracieux portait à la Drone des eaux du versant nord. Cà et là, entre les frondaisons des massifs boisés ou les landes grises, apparaissaient les eaux plombées de quelques-uns des trois cents étangs qui empoisonnaient la Double."

 

La forêt de La Double est formée de collines douces où entre elles se sont formées des nauves (terme vernaculaire pour vallons marécageux). Le sol de la Double est constitué d'argile, de sable et de silex.

p37 "Tout alentour l’immense plateau de la Double s’étendait avec ses molles ondulations pareilles à des vagues et ses petits coteaux arrondis moutonnant au loin. Entre ces reliefs de l’écorce terrestre se creusaient des combes sinueuses aux déclivités douces, avec un fossé raviné au fond, et des vallons parfois resserrés, irréguliers, sortes de grands sillons collecteurs des eaux pluviales qui croupissaient aux endroits plus larges, parmi les joncs et les aches des paluds, ou bien allaient gonfler les étangs dont le trop-plein se déversait par des ruisseaux à la Drone et à l’Ille."

Jusqu'en 1870, il n' y avait pas de route, seulement des grands chemins pour passer d'une région à l'autre. Ses chemins se frayaient dans la végétation et étaient donc très étroits. C'est pour cela que leurs charrettes étaient aussi étroites. Les fermes étaient donc isolées mais leur accès aussi à cause de ce manque de chemins.

p51: "Ces bois, envahis par les ronces et les épines _ « sales », comme on dit _ étaient traversées de laies étroites, de sentes frayées par les « gaultiers », ou gens des bois_ charbonniers, feuillardiers, bûcherons, braconniers."

 

Les fermiers doubleauds vivaient en autarcie, ne s'organisaient pas en village, mais les propriétaires, métayers et journaliers devaient développer toutes sortes de savoir-faire pour vivre dans cette forêt. Des artisans tels que verriers, feuilletiers et charbonniers se sont développer au fil des siècles. Les verreries se sont fortement développer au XVIème siècle  dans la Double en exploitant le bois, le sable et la fougère royale pour la soude (certains même utilisaient de la soude des cendres de salicorne en provenance de l'île d'Oléron).

Le feulletier vivait dans la forêt. Il construisait sa hutte recouverte de copeaux dans la journée.

Foret de la double2

Il avait pour client le tonnelier pour qui il fabriquait des cercles de châtaigniers. Le feuillardier connaissait l'art de la plantation, le secret des greffes et les différentes espèces de châtaigniers.

La présence des verriers est due à son sol de sable. Son artisanat était liée à la présence de charbonniers dans la forêt. Les charbonniers fournissaient le charbon aux verriers, potiers (140 potiers dans la Double à l'époque) et autres industries de l'Aquitaine.

 

La meule du charbonnier.

 Foret de la double3

 Elle est formée d'un empilage de bûches placées debout et légèrement oblique contre une cheminée centrale pour permettre l'allumage de la meule. Ce cône de bûches est recouvert de mottes de terre afin d'empêcher le bois de s'enflammer et permettre une combustion lente et étouffée. La cuisson dure plusieurs jours. Une fois refroidie, la meule est éclatée à l'aide l'arceau (sorte de fourche) et le charbon mis en sacs.

La vie y était rude mais fut totalement bouleversée suite à la politique de Colbert sous Louis XIV. Colbert, ministre  d' Etat de la Maison du Roi et ministre et secrétaire d'Etat de la Marine passa une commande de 276 navires de guerre pour concurrencer la marine hollandaise, espagnole et britannique. Ainsi les chantiers navaux se sont développés et l'exploitation des forêts aussi. La Double, riche en chênes fut durement exploitée ce qui bouleversa tout son écosystème ainsi que la vie des doubleauds. Les zones dévastées se transformèrent en mouillères et marécages. Et au XVIIIème siècle la Double pouvait se décrire ainsi:

p 38: "De tous ces étangs épars aux queues interminables où pourrissaient dans la fange les végétaux champêtres et aquatiques, ainsi que des jonchaies et des marais aux boues infectes, s’élevaient des vapeurs pestilentielles qui s’épandaient sur le pays sauvage et solitaire. Nulle trace d’êtres vivants dans le paysage sombre, sinon au-dessus des futaies, un vol de ramiers en mouvement de départ. D’aigres senteurs de marécages montaient de cette terre maudite qu’enveloppait une humidité froide et pénétrante. Un indicible mélancolie se dégageait de cette région désolée qui fut l’antique Sylva Edobola, où la Liberté de l’Aquitaine périt avec Waifer, son dernier duc souverain, et planait sur cette vieille « Terre de la Conquête », devenue le royaume des fièvres."

Ainsi à la fin du XVIIIème siècle on parle de malaria due à cette terre acide et à la végétation spécifique de ces marécages. Le roman d'Eugène Le Roy parle d'un docteur qui tente de changer les choses en parlant à ses habitants, malades en écrivant et informant toutes les autorités. En fait son personnage, le docteur Charbonnière s'inspire de trois docteurs et de leur acharnement pendant cette époque pour éradiquer ces fièvres et changer la vie des doubleauds. Ces maladies se propageaient très vite car les doubleauds étaient de faible constitution car la nourriture venait à manquer (déforestation = moins de gibiers). De plus cette végétation qui pourrissait dans les marécages dégageaient des gaz, le méthane. A l'époque on parlait de l'influence d' effluves, de miasmes. 

p71: "Il y a deux moyens principaux. Premièrement, dessécher les étangs, les marais et les nauves ; secondement redresser les ruisseaux et créer sur toute la Double un réseau de bonnes routes qui, sans compter leurs autres avantages, feraient circuler l’air, et dont les fossés aideraient au drainage des eaux.

Sur le second moyen […] détruire les étangs."

Petite parenthèse:

LA FOIRE DE LA LATIERE

Par ailleurs, un événement annuel qui perdure depuis près de 35 siècles, une tradition toujours renommée dans la vie des doubleuads, c'est la foire de La Latière près de Saint Aulaye.C'est une foire monstre qui rassemble plusieurs centaines de commerçants et plusieurs dizaines de milliers de visiteurs.

A cette foire interrégionale,  bovins, poneys et, en outre, les ovins, caprins, porcins et des chiens sont présentés à la vente tous les ans ainsi que des milliers de volailles et oiseaux de toutes espèces. Victuailles, matériels, objets, véhicules de toutes sortes sont à la disposition des acheteurs.

La source (fontaine) a pu être à l'origine de la fréquentation du site. Riche en soufre, elle fut honorée par les druides pour ses vertus thérapeutiques. Les gallo-romains y bâtirent un petit temple à la gloire de Mercure. Le christianisme y substitua un de ses martyrs, Saint Eutrope, le saint des estropiés. Que les femmes qui se croient stériles invoquent avant de rencontrer discrètement, dans le mouvement de la fête, un gaillard plus fécond que leur époux.

Pendant des millénaires, les pétrocoriens, nos périgourdins d'aujourd'hui, ont jeté dans cette source une pièce ou une épingle après avoir fait un vœu. Tout cela est un peu oublié, mais les restes du temple demeurent sous la chaussée de l'étang;

 Dans son roman Eugène Le Roy ne manque pas d'évoquer cet événement:

SES ORIGINES:

p 127, 129: "Les foires de la Latière en Double tirent leur origine, selon la tradition, des voleurs qui autrefois se réunissaient au milieu des bois pour échanger, à leur convenance, les produits de leur vol. Elles étaient encore, à cette époque, très suivies ; celle du 30 avril était la plus renommée. Bourgeois ruraux, petits propriétaires, artisans de campagne, métayers, journaliers, tous les gens de la contrée qui ne grelottaient pas la fièvre au coin du feu ou n’étaient pas cloués au lit par quelque autre maladie, tenaient pour un devoir étroit de s’y rendre ce jour-là. […] cette foire dite de la Saint-Eutrope était la plus courue parce qu’elle se doublait d’une « dévotion ». _ Les estropiés, n’est-ce pas ? vont « saucer », comme nous disons, le membre malade dans une fontaine prétendue miraculeuse qui se trouve près du champ de foire, en invoquant sent Eitropi, qui est leur patron par la ressemblance des mots. […] Mais le plus curieux, c’est que, de temps immémorial, les femmes stériles vont, à cette fontaine, faire des ablutions."

L' AMBIANCE:

p 129: "Sous de gros chênes « jarouilles » plusieurs fois centenaires, les cuisines en plein air fumaient, avec des odeurs de mangeaille. Dans de profondes marmites posées sur de fortes pierres, la soupe grasse faite de volaille et de vache_ quelque fois de vache pulmonique_ était cuite, et, sur des fourches de bois plantées en terre, des chapelets de poulets ou de pièces de viande en broche tournaient, mus à la main. […] Sur des chantiers improvisés avec des troncs d’arbres, des barriques étaient en perce, qui versaient le petit vin reginglet de la Double. Des filles coiffées de mouchoirs à carreaux en bas bleus, au cotillon troussé court, portant de lourdes soupières fumantes, des plats de chairs bouillies et rôties, s’empressaient, affairées, autour des tables, ne sachant à qui entendre avec ces dîneurs pressés qui heurtaient du poing ou du bâton sur les planches, ou tintaient du couteau sur les gobelets. Sous ces arbres géants, les cuisines aux brasiers énormes, aux ustensiles démesurés, la fumée des viandes rôties, les barriques où s’emplissaient les dames-jeannes, tout cela donnait l’idée de quelque festin gargantuesque.[…]

Du vaste champ de foire voisin, ombragé par des châtaigniers aux puissantes ramures, montait une rumeur assourdissante d’arche de Noé : hennissement de chevaux, bêlements de brebis, sourds mugissements de bêtes aumailles, cris aigus de cochons et des coches sous le coutelet du châtreur béarnais en béret bleu, qui opérait dans un coin, à l’écart."

SCENE DE LA FONTAINE: 

p 132: "Toutes ces pauvres affligées formaient le cercle autour du bassin de la fontaine, étalant des deux mains leurs cotillons pour empêcher la vue aux indiscrets. Puis chacune d’elles à son tour s’approchait du bord et, naïvement, accomplissait le rite antique. Lorsque toutes eurent fait, elles allèrent à la file piquer une épingle dans le bois d’une vieille croix plantée là près, et déposer ensuite leur offrande dans un pot de terre placé à son pied."

 Refermons la parenthèse:

Mais personne ne voulait assécher ses étangs, malgré les travaux et conseils de médecins. Cependant en 1863, le gouvernement de Paris délègue un médecin et un agronome. Tous les deux vont sillonner la Double, rencontrer ses habitants, étudier leur quotidien, coutumes, traditions et leur constat fut catastrophique.

Exemple tiré du roman d'Eugène Le Roy où il décrit Echourgnac lorsque la malaria sévissait:

p 93: "Cà et là, éparses dans un terrain vague, pelé, où luisaient des flaques d’eau croupie, six ou sept maisons basses en bois et torchis, aux murs déjetés, crevassés, flanquées de sordides étables et de tas de fumier, formaient, avec la maison curiale et la chétive église en pierre de « grison », tout le petit bourg qui était comme la capitale géographique de la Double. Autour de l’église était le cimetière, semblable à un champ fraîchement labouré. Devant les portes des habitations, des bruyères pourrissaient dans un infect purin noir, produit de déjections humaines et animales. Tout cet ensemble avait un indicible aspect de misère et de saleté."

Visite d'un malade:

p124: "Arrivé à la maison du malade et trouvant la porte ouverte, il entra. Dans un bloc de chêne creusé en forme de mortier, appelé « pile » dans le pays, la femme broyait du millet avec un pilon de bois. Une marmite était au feu où chauffait de l’eau pour la bouillie destinée au repas de la famille. Deux enfants chétifs et dépenaillés comme la mère, assis à terre devant le foyer, semblait attendre cette bouillie appelée « miquet » avec une patience de petits paysans quelque peu troublés par la faim. A une extrémité de la pauvre demeure, sur un méchant châlit, dans des draps de  « charpail » ou grosse étoupe, l’homme gisait, la figure couverte de pustules, la plupart croûteuses..."

En 1864, une association fut créée et en 1865 c'est le premier comice agricole où l'on propose des solutions, méthodes pour drainer, assécher les étangs, améliorer les races d'animaux...

Puis en 1868, le nouveau préfet de Périgueux, Jean Marie François Léon Chamboduc de Saint-Pulgent avait connu le même problème lorsqu'il était préfet en Seine et Marne. Ainsi il fit appel à des Trappistes de la Mayenne qui par leur dévotion, leur abnégation à la tâche vont drainer, assécher les étangs, créer une ferme modèle avec la création du fromage d'Echourgnac (recette importée de la Mayenne). De plus ils distribuaient de la poudre de quinine aux malades car à ce moment-là on parlait de paludisme.

 

Ensuite un réseau routier va être créé sous Napoléon III. Des pins maritimes vont aussi être semés dans la Double sur le même modèle des landes pour accélérer le reboisement. De plus sa croissance rapide permet une exploitation plus rapide (==> papier )

Dans le roman d'Eugène Le Roy , deux extraits témoignent de ce changement et de l'assainissement de La Double:

p 166-168: "Dans la première partie, le docteur traçait en lignes énergiques le lamentable tableau de la Double, observée sous le rapport de la population. Toute cette contrée, peuplée d’environ seize mille habitants, il la dépeignait ravagée par la fièvre paludéenne qui prenait l’enfant au berceau et l’accompagnait adulte, en sa misérable existence, jusqu’à une mort prématurée, fin de ses douleurs. Il dénonçait, en montrant le riche à peu près exempt du fléau […] La seconde partie du mémoire expliquait l’insalubrité du pays : mince couche arable reposant sur un lit épais d’argile imperméable qui tenait l’eau comme un pichet. De cette constitution géologique résultait la stagnation des eaux pluviales, gardées partout dans les combes et les plis de terrain, par trois cents étangs, petits ou grands, et des marécages sans nombre, où les matières organiques en pourriture, à découvert quand venait la sécheresse, répandaient sur le pays des germes d’infection. […] La troisième partie du mémoire exposait les moyens d’assainissement qui seuls régénèreraient le Double :

1° Suppression et mise en prairies des étangs […]

2° Création d’un réseau de routes qui rayonneraient d’Echourgnac, point central de la Double, vers les villettes et les bourgs […]

3° Exécution d’un drainage à ciel ouvert pour le dessèchement et le reboisement des marais et des nauves [...]

4° Construction de fours à chaux communaux pour l’amendement du sol.

5° Plantation de vignes, afin de remplacer par du vin l’eau malsaine […]

6° Erection en canton, avec Echourgnac pour chef-lieu, des dix ou douze communes centrales de la Double […]"

Ensuite à la fin du roman nous avons une nouvelle description d' Echourgnac et de son rôle dans la Double:

Foret de la double

p 370: "Maintenant les étangs insalubres de la Double sont détruits ; les quelques autres qui subsistent sont encaissés, inoffensifs. Les nauves et les marécages sont desséchés, convertis en prairies et les ruisseaux redressés. Un réseau de routes agricoles couvre le pays comme d’une immense toile d’araignée, aide par ses fossés au drainage des eaux, et par ses larges percées au drainage des miasmes humides et malsains. L’usage du chaulage se répand partout. De grands espaces défrichés sont plantés de vignes. Des écoles ont été créées dans toutes les communes. Des habitations mieux bâties et plus saines ont remplacé les cabanes d’autrefois. Les bourgs ont un aspect riant. A Echourgnac, autrefois misérable hameau sordide et infect, il y a des maisons propres, une caserne de gendarmerie, un bureau des postes et télégraphes. […] Enfin, la moralité s’élève, la superstition s’évanouit, la misère recule _ et la fièvre est vaincue ! […] L’un déclare que la Double deviendra « une petite Normandie » ; l’autre affirme qu’elle sera « La Charente du Périgord » _ et cela veut dire, en langage ordinaire qu’elle produira du beurre comme celui d’Isigny et des eaux-de-vie « fine champagne », comme celle de Segonzac. _ Un troisième ajoute qu’il y a en Double des futaies aussi majestueusement pittoresques et belles que la forêt de Fontainebleau."

Comme nous pouvons le constater, il fallut près d'un siècle pour que les choses évoluent de façons positives pour les doubleauds.

 

II/ ARCHITECTURE RURALE VERNACULAIRE DE LA FORÊT DE LA DOUBLE

LA FERME DU PARCOT UN ECO-MUSEE

 Je vais vous décrire cette ferme que j'ai visitée et son histoire relatée par cette même guide.

Cette ferme date du XIXème siècle et offre un aperçu de ce qu' était la vie des doubleauds. Tout d'abord, la grange dont la date est visible au-dessus de la porte principale, fut bâtie en 1841. Elle fut construite en torchis et colombage. A l'origine, c'était les charpentiers les gens de la ferme (pas de maçons) qui construisaient les maisons. Tout d'abord, pour les murs, ils assemblaient les poteaux principaux et la petite ossature au sol. Le bois provenait des chênes de la Double. Pour les fondations, ils se servaient d'un mortier à base d'argile, de sable et de gros silex et de très grosses pierres sur lesquelles se scellaient les gros poteaux une fois l'ossature hissée. D'autres poteaux horizontaux reliés aux verticaux reposaient sur les fondations .

Foret de la double4

Puis ils remplissaient les cadres de bois de torchis: mélange de sable et de paille. Si les propriétaires étaient aisés, ils enduisaient le tout à la chaux, intérieur comme extérieur, ce qui protégeait bien le torchis des agressions extérieures. Pour cette grange, on y voit la partie torchis et colombage et d'autres façades enduites de chaux. Le toit de l'ensemble de la ferme présente des débords importants pour les écoulements des eaux pluviales.

La maison d'habitation:

Les murs et le toit présentent les mêmes caractéristiques. Cette maison montre une évolution importante dans la vie des paysans doubleauds. Elle comporte une entrée avec un évier tout usage  avec l'utilisation de la cassotte dont l'écoulement des eaux usées se fait à l'extérieur (voir photo). Foret de la double5

Au fond il y a un escalier pour aller au grenier et une porte pour aller au jardin (potager) ou pour aérer l'habitation.

A droite se trouve la pièce des parents, maîtres des lieux. A gauche la pièce est réservée à un couple de métayers ou à un de leurs enfants en couple. Ces deux pièces comportent une cheminée. Ces pièces étaient à la fois leur cuisine et chambre.

La pièce de gauche communiquait avec la remise et tous ses outils.

Devant ce lieu d'habitation, il y comme une galerie. Cette façade orientée ouest subit toutes les intempéries du climat océanique, vent et pluie mais est bien protégée par cette balustrade. Ici on y observe de grosses pierres importées de l'extérieur de la Double et témoignent donc de l'aisance des propriétaires et de l'amélioration du réseau routier. Cette galerie est appelé balet: on y voit la porte d'entrée, de chaque côté une fenêtre (les deux pièces d'habitation), la pierre où s'écoule les eaux usées (on y mettait un baquet en-dessous) et au fond la porte de la remise et au-dessus une construction en bois et une planche à usage d'échelle. C'est tout simplement le poulailler où le renard ne pouvait avoir accès. La remise donne plein nord. Pour protéger les pièces de vie des intempéries et selon l'orientation des maisons, ils construisaient une remise ou un balet pour faire barrage.

  Maintenant je vous montre des extraits du roman d'Eugène Le Roy qui témoignent du quotidien des doubleauds ainsi que des descriptions de cabanes et intérieurs.

DESCRIPTION D UNE CABANE D UN HABITANT DE LA DOUBLE

P 343 344

"Claret habitait au fond des bois entre de vieilles futaies, sur un terrain vague appelé « à Pierre-levée » _ d’un antique dolmen contre lequel il avait bâti sa demeure. Un des grands côtés de la masure était formé d’une muraille de pierres en grison brutes, maçonnées de terre gâchée avec de la mousse. Le devant était construit en troncs d’arbres superposés ; le toit était fait de bardeaux débités à la hache. Quand le docteur entra, Claret, assis sur une souche équarrie, se chauffait dans un coin de l’âtre établi grossièrement. Dans l’autre coin était une bancelle, où le docteur s’assit […] ; Au fond sous le dolmen, comme dans une sorte d’alcôve rustique, était un châlit fabriqué tant bien que mal par le vieil homme, garni d’une paillasse pleine de fougères et d’une mauvaise couette jaunie d’où fuyait la plume à travers maintes déchirures. Au milieu de la cabane, sur une table de même fabrication que le châlit, étaient une pile et un pilon à broyer le millet, et une marmite à cuire la bouillie. Dans un angle, un seau de bois avec une anse de vimes, et, sur une planche soutenue par de longues chevilles, deux assiettes en faïence brune et une chopine en terre de Beauronne. A côté de Claret, son fusil à pierre était au sec dans le canton, près d’une grande cognée de bûcheron. A un poteau qui soutenait la toiture étaient accrochés un havresac de peaux et la boîte à herboriser donnée par M. de Belleyme, où le chasseur mettait les vipères capturées."

DESCRIPTION DE L’ INTERIEUR D UNE MAISON p93-94

"A un bout, deux lits à ciel étaient placés face à face, sur un plancher grossier qui s’arrêtait à leur pied ; en-deçà, partout la terre battue. […] Le gaillard joignait à son industrie de sourcier celle de braconnier, comme en témoignaient un long fusil au manteau de la cheminée et un chien briquet endormi dans un coin. Il y ajoutait encore celle de cabaretier, attestée par le brandon de pin, et celle de regrattier, indiquée par un étalage à l’autre bout de la pièce, où se voyaient, près d’un petit fenestrou, un coffre à sel, et, au-dessus, des chandelles de résine accrochées à un planche sur laquelle étaient placés deux ou trois morceaux de savon et quelques paquets de chènevottes soufrées.

Vis-à-vis de cette installation s’ouvrait dans le mur en torchis un grand trou noir d’où venait une odeur d’écurie. […] A ce moment, l’âne passa la tête par le trou et se mit à braire."

La ferme révèle aussi l'artisanat locale vernaculaire comme la vannerie: paillassou (plateau creu et rond où les pâtons de pains y prenaient leur forme) des paniéres rondes de vime (osier) pour égoutter les légumes. Avec l'osier on fabriquait toutes sortes de pièges à animaux.

Dans la ferme vous y verrez tous les outils agricoles tirés par les boeufs: brabans, charrettes...

Foret de la double7

Il y aussi le four à pain mis à disposition lors de festivités et activités de la ferme, éco-musée. Près du four un abris fait de "brandes". Au fond de la prairie, on y voit les ruches: le miel remplaçait le sucre et la cire servait à l'éclairage. Il y a aussi son petit étang et son "pilou", une vanne pour libérer ou retenir l'eau.

Foret de la double6

 

Autour de la ferme, un parcours pédagogique sur la faune, flore et quotidien des doubleauds du XIXème siècle vous entrainera dans les clairières, prairies, étang et bois.

LIEN:

www.parcot.net

 

 

III/ BIODIVERSITE ET ACTIVITES HUMAINES DANS LA DOUBLE.

LES PRAIRIES ET LES HAIES. 

Lorsque l'on s' éloigne de la ferme, on se retrouve dans les bois, au bord d' un étang, dans des clairières ou prairies. Les clairières sont des espaces conquis par l'homme pour y faire paître son bétail et récolter les foins. En dehors des agriculteurs, les gens qui vivaient dans la Double étaient des feuillardiers, verriers (exploitation du sable), charbonniers (fournir du charbon aux verriers et potiers) et les scieurs de long.

Il y a aussi les prairies sauvages où poussent toutes sortes de végétaux, du trèfle au mille-feuille, en passant par la colchique, valériane et orchidée sauvage.  Cette végétation vit en étroite relation avec les fourmis, grillons, sauterelles ainsi que petits rongeurs (mulots, campagnols...).

Les haies en ces lieux jouent un rôle important dans l'organisation des activités humaines et l'éco-système. Tout d'abord, la haie est une véritable barrière écologique. Elle retient la terre des talus, protège les cultures des gelées et constitue un biotope essentiel pour la survie de nombreux animaux. Les ruchers s'installaient face aux prairies.

On pouvait y cueillir mûres et baies d'églantiers et se mettre à l' ombre entre deux charretées pendant les moissons. Ces haies sont aussi constitués de chênes pédonculés et chênes tauzins, de pruneliers, d' aubépines et de ronces qui attirent pies, rossignols, bergeronettes et tourterelles des bois ainsi que des belettes, putois, genettes, lérots et fouines.

Les arbres offrent aussi des cavités pour abriter des oiseaux "cavernicoles" comme le pic-vert, le pic epeiche, la huppe, le rouge-queue et sittelle torchepot. Dans les haies nichent des oiseaux gourmands (se régalent des baies) comme la fauvette, le pouillot véloce, le rossignol et la grive. 

Ensuite dans la Double on y trouve des rapaces, véritables chasseurs au vol puissant et serres acérrées comme le faucon crécerelle, la buse et chasseurs nocturnes, chouettes et hiboux.

 

LA FORÊT

Dans la Double, la forêt est peuplée de feuillus et taillis: chênes, châtaigniers et charmes. Puis dans les sous-bois, nous avons les "brandes": bourdaines, bruyères, ajoncs, genêts et fougères grand aigle.

Il y a de plus en plus de pins maritimes qui acidifient le sol diminuant les autres espèces végétales et animales.

 

Foret de la double1

Dans la faune, on y observe des écureuils et campagnols qui s'activent le jour, les musaraignes, le jour et la nuit. Ensuite au crépuscule c'est le tour des chevreuils, balireaux, renards, fouines, martres et chauve-souris. On peut aussi y rencontrer le cerf et le sanglier. Sur les sentiers de nombreuses traces sont visibles et témoignent de leur présence.

Pendant longtemps, les châtaignes étaient l'élément de base des doubleauds. Ils vivaient aussi de cueuillette de baies sauvages, plantes, glands et dans les sous-bois les champignons (girolles, barbillous, catalans, coulemelles et surtout les cèpes).

 

LES ETANGS

 

On y trouve canards, grèbes, hérons, poules d'eau, bécassines, martin-pêcheurs et milans noirs (charognard). Parmi les insectes, on y observe l'hydromètre (araignée d'eau) et libellules.

La cistude (tortue d'eau douce), en voie d'extinction se nourrit de tétards et insectes des étangs. Puis plus communément, on retrouve grenouilles, crapaux et salamandres. La Double abrite aussi le vison d'Europe (habitat: La Double et la Pologne) qui se cache près des étangs et ensuite le ragondin imigré d'Amérique du Sud.

La flore autour des étangs est intéressante à observer: typhacées et roseaux. Puis sur les zones plus sèches, bruyères à balais, chèvre-feuille, asphodèles et alisiers. Enfin il y pousse des buissons de prunus, d'aubépines, saules, aulnes et frênes.

Tout cette biodiversité perdure sur le domaine de la ferme du parcot. A vous de vous y promener et d'être attentif à ce qui  vous entoure. Ouvrez l'oeil, tendez l'oreille et laissez vous guider le long du sentier!   

  

FAITES LE QUIZZ!

 

IV/ UN PEU DE GASTRONOMIE

 

Cela va sans dire, dans le périgord on ne peut pas y passer sans déguster ses produits du terroir: fois gras, magret de canard, gâteau aux noix, vin de châtaigne, vin de noix, confit de canard, fromage d'Echourgnac...

Ce fromage fut apporté par les moines Trappistes de Mayenne comme je l'ai évoqué dans la première partie:

Quand les moines de l’Abbaye de Port du Salut en Mayenne, vinrent s’établir à ECHOURGNAC en Dordogne pour aider les habitants de la DOUBLE  à assainir les marécages, ils créèrent une fromagerie qui collectait le lait des fermes avoisinantes.Grâce à l’assainissement des marais, l’élevage  s’instaura. Tout naturellement, le fromage qu’ils fabriquèrent était le fameux PORT SALUT, originaire de l’Abbaye d'où ils arrivaient.

Les moniales, qui en 1923 prirent la suite des moines, ont poursuivi l’industrie fromagère. Aujourd'hui encore elles continuent à affiner ce fromage.

 

Où manger?

 

Clairiere wp 

Le restaurant gastronomique "La Clairière" se trouvant en face de l'église de Servanches (24410) et à 17km au sud d'Aubeterre et à 10km à l'ouest des étangs de la Jemaye et de la Ferme du Parcot vous accueillera en toute convivilaité et simplicité. Les plats faits maisons à partir des produits frais et locaux sont soigneusement préparés par Fabien Bertin et servis par Déborah Bertin.

 

Clairiere wp1 

Ouvert tous les midis en semaine et weekend sauf le mercredi et ouvert le vendredi soir et vendredi soir.

Voici ce que vous verrez et pourrez dégustez si vous y allez!

 

Montages8 

La salle le midi en semaine:

Clairiere wp7La salle le weekend:

 

La clairiere nikon1Autres recoins du restaurant:

 

Clairiere wp8Un midi sur ma table:

Clairiere wp2

Clairiere wp3Bonne dégustation!

 

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Commentaires (2)

By
  • 1. By | 03/11/2010
Merci pour cet article passionnant dont la lecture se poursuivra plus tard..... because so tired !
Heureuse désormais de traverser une parcelle de la forêt de la Double sur l'axe Mirambeau-Montpon Ménestérol avec un autre regard !
martine
  • 2. martine | 17/03/2012
Bravo Céline pour ce beau et instructif travail, même si je n'ai pas encore tout lu. Je connais un peu la région puisque ma fille aînée vit là-bas. La sérenité de l'abbaye d'Echourgnac, le miroitement de l'étang de la Jemmaye, le fabuleux regard de la biche ou du chevreuil dont on croise le chemin... autant d'instants magiques!

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