VIGNEMALE: voie normale


SUR LES PAS DE SIR HENRY RUSSELL

Par le CD FFME 17

 

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Arrivée au gîte le vendredi soir et mise au point cartographique. On se garera près du Lac d’Ossoue et on montera au Refuge de Baysselance.

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vignemale-20121.jpgNous sommes très chanceux, il fait vraiment très beau sous ce ciel bleu azur. Les gentianes et autres petites fleurs des montagnes nous escortent tout le long du sentier. Il faut traverser des névés où dessous coulent des torrents. Les marmottes peu farouches nous surprennent derrière des rochers.

 

Nous arrivons aux grottes de Bellevue qui méritent bien leur nom. Le glacier d’Ossoue brille au loin sous le soleil dardant. Il se déroule de manière vertigineuse et nous impressionne.vignemale-20122.jpg

 

Le refuge n’est plus loin et bien que le ciel soit dégagé on commence à ressentir de bonnes rafales de vent. L’arrivée au refuge, reconnaissable par son architecture en voûtes ogivales qui lui confère cet aspect organique comme son aîné, le refuge de Tuquerouye, se termine par la pause pique-nique puis une boisson chaude à l’intérieur car le froid ressenti nous fatigue après cette montée de trois heures sur environ 800m de dénivelé positif.

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Nous laissons nos vêtements dans les corbeilles à l’entrée, réglons les crampons pour passer l’après-midi à faire des exercices, tels que l’encordement, marche en corde tendue, technique de cramponnage pour les novices. Cependant nous formons deux groupes où les plus motivés feront l’ascension du Petit Vignemale et les autres resteront sur les névés de la Ourquette d’Ossoue.vignemale-20124.jpg

 

Nous sommes quatre à gravir le Petit Vignemale qui culmine à 3032m. Ce sommet n’est pas technique et l’ascension très rapide depuis le refuge de Baysselance. Néanmoins en plein mois de Juin il est encore recouvert de quelques névés qui seront parfaits pour apprendre à marcher en cordées et à cramponner dans la neige.

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Une fois le sommet vignemale-20126.jpgatteint, nous pouvons découvrir des panoramas époustouflants avec le Pic d’Ossau que l’on aperçoit au loin vers l’ouest. A l’est le massif de Gavarnie s’étend avec sa Brèche de Roland, le Pic du Taillon, vignemale-20127.jpgle Casque, le Marboré et les Astazous.

 

Nous redescendons pour l’apéro et le repas du soir.

CARTE DU MASSIF DU VIGNEMALE

A LA DECOUVERTE DU VIGNEMALE EN COMPAGNIE DE SIR HENRY RUSSELL

VIGNEMALE 1 les Découvreurs

VIGNEMALE 2 Epopée Russell

JOUR 2

Le lendemain : lever 4H40 et petit déjeuner à 5H00. Tout le monde a dormi sauf moi… C’est dur !

J’avale un maximum de pain avec du beurre pour avoir assez de sucre lent dans l’organisme. Nous quittons le refuge vers 6H00 à le frontale et prenons un sentier qui nous mène sur des vires très étroites qui me demandent déjà beaucoup d’énergie. vignemale-20128.jpg

Je commence à appréhender l’ascension du glacier. Nous arrivons sur la moraine et sortons de nos sacs tout ce dont nous n’avons pas besoin et les mettons derrière un rocher dans des sacs poubelles. (pas d’inquiétude…) Nous nous encordons (trois cordées de trois : les premiers de cordées sont équipés de broches et de tout le nécessaire pour effectuer un mouflage en cas de chute dans une crevasse et ont déjà effectué un stage sécurité sur glacier) chaussons nos crampons, prenons nos casques et délaissons nos bâtons ; je suis troisième de cordée pour la première fois. L’absence de sommeil se fait tellement ressentir que j’avale un tube de gel pour l’endurance. Les bienfaits se font sentir rapidement, mais de terribles ampoules sont en train de se former sur mes talons.

 Parmi nous certains connaissent le glacier et reconnaissent que celui-ci a encore reculé depuis peu. C’est vraiment inquiétant pour de multiples raisons.vignemale-20129.jpg

 La neige sur le glacier n’est pas trop molle mais une fois le ressaut passé un vent froid et assez fort commence à bien souffler. Devant et derrière nous d’autres cordées partent en direction du Vignemale. Il y a aussi des gens seuls peu voire pas équipés qui marchent sur le glacier. Il faut savoir qu’en dessous de cette couche de neige il y des crevasses et certainement des endroit sur ce glacier où il est très dangereux d’évoluer. Nous y avons croisé pas mal d’inconscients…

 Maintenant nous arrivons au niveau du rocher du Vignemale qu’il va falloir escalader. Là encore il faut garder le casque car les chutes de pierres sont impardonnables quelque soit la partie du corps atteinte. La paroi est encombrée et l’accès à l’arête sommitale ne se fait pas sans appréhension.

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 Enfin le sommet est atteint à 9h30et il faut se faire une place parmi tous les randonneurs. Pas facile de profiter du panorama surtout que je commence déjà à appréhender la redescente, mais la chef du groupe me rassure car on empruntera une voie plus douce qui ressemble plus à un sentier très abrupte. Cependant la descente sera lente à fin de ne pas faire tomber de pierres sur  les autres.

 Là encore nous nous encordons pour redescendre le glacier où la neige commence à se transformer. Il ne faut pas trainer et constatons tout de même que des imprudents sont en train de le remonter pour faire le sommet. vignemale-201211.jpgNous pique-niquons au niveau de la moraine et redescendons au véhicule que nous atteindrons à 15h00.

 

Excellent weekend !


SIR HENRY RUSSELL

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Extraits puisés dans son ouvrage Souvenirs d'un montagnard, Pau, Vignancour, 1908 (2e édition), 738 pages, évoquant le glacier d'Ossoue et le Vignemal.sir-russell-book.jpg

« Un mois plus tard, je refis l’ascension du Grand Vignemale (3290m) dont je ne vais parler qu’à propos de son glacier oriental, le plus intéressant et le plus accidenté des Pyrénées. En 1861, ne m’étant « embarqué » dessus qu’au milieu de sa longueur, en quittant la crête de Monferrat , qui en forme la rive droite, je n’estimai son développement qu’à trois kilomètres ; mais il en a près de cinq. L’ayant remonté cette fois avec Hippolyte Passet depuis le bas jusqu’au haut, il nous fallut deux heures pour le parcourir, bien qu’en appuyant vers la rive gauche, sur la partie purement neigeuse, nous pûmes monter presque en ligne droite. Ce ne fut qu’au milieu du glacier,  s’arrêter devant une crevasse monstrueuse, dont les parois étaient deux précipices noyés dans une ombre bleue. Ici régnait le chaos, une sorte de pétrification des mers australes, à l’apogée de leur fureur. Le glacier semblait creusé par des boulevards à peu près parallèles, et « Hausmanisés ».  Il fallut des cendre à coups de hache dans cet abîme, cheminer dans des plongeurs au fond de la mer, et reparaître enfin à son extrémité. Même au Mont Blanc, je n’ai pas vu de plus grandes crevasses. Du reste, un peu plus bas, on en apercevait de plus énormes encore , dont la tranche verticale, se perdant par le fond dans la nuit, avait au moins cent pieds de profondeur. Rien ne ressemble plus au glacier de Fee, en Suisse, par où l’on va de Zermatt à Saas, en descendant du col de l’Alphübel. Mais dans les Pyrénées, les tons sont bien plus chauds, et rien ne saurait rendre, pour qui ne l’a jamais vu, ce vif contraste, formé par la verdure, le calme et le soleil des gorges et des vallées torrides, avec les lignes inexorables, tumultueuses, effrayantes des glaciers. Quelles convulsions dans celui du Vignemale ! Il a l’air de descendre épouvanté par sa hauteur et par le froid, pour se précipiter sur la verdure, dont cependant un abîme le sépare. » (p93-94)    

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« Rien qui mérite d’être signalé dans notre retour, sauf la descente du grand glacier d’Ossoue, que nous avions tout lieu de croire encore couvert de neige et sans danger, car nous étions qu’au mois de Juin. Aussi nous nous n’avions pas de corde. Mais il avait si peu neigé pendant l’hiver de 1870, qu’à notre stupeur, nous trouvâmes le glacier entièrement dénudé, et déchiré dans tous les sens par d’effrayantes crevasses, comme au mois de septembre. Jamais la corde n’aurait été plus nécessaire, et je n’exagère pas, en disant que Dieu seul nous sauva d’un désastre au milieu de ces gouffres, où nous errâmes pendant une heure au moins, croyant sombrer et disparaître ensemble à tout moment, dans les crevasses étroites que recouvrait encore une légère couche de neige. Les grandes se voyaient bien, et pouvaient s’éviter. » (p187, 188, Souvenirs d’un Montagnard )

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